7. Coin du poète

  • "SI" - Rudyard KIPLING

    Si ...

     

    Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie

    Et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir,

    Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties,

    Sans un geste et sans un soupir;

     

    Si tu peux être amant sans être fou d'amour,

    Si tu peux être fort, sans cesser d'être tendre

    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

    Pourtant lutter et te défendre;

     

    Si tu peux supporter d'entendre tes paroles

    Travesties par des gueux pour exciter des sots,

    Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles

    Sans mentir toi-même d'un seul mot;

     

    Si tu peux rester digne en étant populaire,

    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

    Si tu peux aimer tous tes amis en frère

    Sans qu'aucun d'eux ne soit tout pour toi;

     

    Si tu sais méditer, observer et connaître

    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;

    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,

    Penser, sans n'être qu'un penseur;

     

    Si tu peux être dur, sans jamais être en rage,

    Si tu peux être brave et jamais imprudent,

    Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

    Sans être moral ni pédant;

     

    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

    Et recevoir ces deux menteurs d'un même front;

    Si tu peux conserver ton courage et ta tête

    Quand tous les autres les perdront;

     

    Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

    Seront à tout jamais tes esclaves soumis

    Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

    Tu Seras un homme, mon fils.

     

    Rudyard KIPLING (1865-1936)

     

    Rudyard_Kipling.jpeg

     

    ***

     

     

     

     

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  • "SI" - Adaptation

    Si ...

     

    Si tu aimes le faible et ne crains pas le fort

    Si tu peux t'imposer les peines et l'effort

    Si le monde pour toi est beau, malgré ses taches,

    Si tout te fait sourire et si rien ne te fâche;

     

    Si tu sais sacrifier ton bien à ta raison,

    Si tu ais rester sourd aux belles oraisons,

    Si tu sais tout donner sans que rien ne t'y force,

    Alors, tu pourras dire : "En mon coeur est la Force".

     

    Si tu sais regarder les oiseaux dans le ciel,

    Si tu sais apprécier la bonne odeur du miel,

    Si tu sais distinguer la droiture et l'honneur,

    Si tu sais que d'un rien, on fait un grand bonheur,

     

    Si tu sais t'émouvoir pour un vers de Ronsard,

    Ou bien te recueillir en écoutant Mozart,

    Si tu réponds "présent" à un cri de détresse,

    Tu sauras qu'en ton coeur peut naître la Sagesse.

     

    Si tu entends pleurer la biche au fond des bois,

    Si tu entends gémir le chêne qu'on abat,

    Si tu es attentif au chant de la nature,

    Si pour toi l'eau de source est restée claire et pure,

     

    Si tu sais voir passer les jours et les saisons,

    Si tu pleures parfois sans avoir de raison,

    Si tu sais écouter la paix des nuits d'été,

    Tu sauras qu'en ton coeur a fleuri la Beauté.

     

    Si tu sais respirer l'air de la Liberté,

    Si tu sais cultiver la vraie Fraternité,

    C'est que tu as compris le sens de ma pensée.

    Enfin, quitte ma main ... Tout seul tu peux marcher !

     

    Adaptation du "Si" de R. KIPLING

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  • "Avoir et être"

    AVOIR ET ETRE ...

     

    Loin des vieux livres de grammaire,

    Ecoutez comment un beau soir,

    Ma mère m'enseigna les mystères

    Du verbe être et du verbe avoir.

     

    Parmi mes meilleurs auxiliaires,

    Il est deux verbes originaux.

    Avoir et Etre étaient deux frères

    Que j'ai connus dès le berceau.

     

    Bien qu'opposés de caractère,

    On pouvait les croire jumeaux,

    Tant leur histoire est singulière.

    Mais ces deux frères étaient rivaux.

     

    Ce qu'Avoir aurait voulu être

    Etre voulait toujours l'avoir.

    A ne vouloir ni dieu ni maître,

    Le verbe Etre s'est fait avoir.

     

    Son frère Avoir était en banque

    Et faisait un grand numéro,

    Alors qu'Etre, toujours en manque

    Souffrait beaucoup dans son égo.

     

    Pendant qu'Etre apprenait à lire

    Et faisait ses humanités,

    De son côté sans rien lui dire

    Avoir apprenait à compter.

     

    Et il amassait des fortunes

    En avoirs, en liquidités,

    Pendant qu'Etre, un peu dans la lune

    S'était laissé déposséder.

     

    Avoir était ostentatoire

    Lorsqu'il se montrait généreux

    Etre en revanche, et c'est notoire

    Est bien souvent présomptueux.

     

    Avoir voyage en classe Affaires

    Il met tous ses titres à l'abri.

    Alors qu'Etre est plus débonnaire

    Il ne gardera rien pour lui.

     

    Sa richesse est tout intérieure

    Ce sont les choses de l'esprit

    Le verbe Etre est tout en pudeur

    Et sa noblesse est à ce prix.

     

    Un jour à force de chimères

    Pour parvenir à un accord,

    Entre verbes ça peut se faire

    Ils conjuguèrent leurs efforts

     

    Et pour ne pas perdre la face

    Au milieu des mots rassemblés

    Ils se sont répartis les tâches

    Pour enfin se réconcilier.

     

    Le verbe Avoir a besoin d'Etre

    Parce qu'être, c'est exister.

    Le verbe Etre a besoin d'avoir

    Pour enrichir ses bons côtés.

     

    Et de palabres interminables

    En arguties alambiquées,

    Nos deux frères inséparables

    Ont pu être et avoir été.

     

    Yves DUTEIL

     

     

     

     

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  • "Fruits doux et amers" - Jean-Pierre COBUT

    LUNE

     

    Sur les lèvres mauves de la nuit

    La lune rousse pose ses baisers !

    Silencieux, l'oiseau imaginaire

    S'envole picorer les étoiles

    Blondes comme les grains du bel été

    La fenêtre s'ouvre sur l'ivresse,

    Le temps est à s'aimer,

    L'aube dort encore sur l'oreiller !

     

    PEU

     

    Un soir, sans gage d'amour,

    Simple comme le vent ...

    Un soir d'adieu, d'inconnu

    Avec toi ...

     

    INSPIRATION

     

    Les poèmes inachevés

    Sur la table éparpillés

    N'ont plus d'ailes

    La porte s'est fermée

    Sur mon imagination

    Je suis d'ailleurs

    Le charme s'est brisé.

     

     

    Poésies tirées du recueil "Fruits doux et amers" de Jean-Pierre COBUT

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  • "J'attends" - Yves DUTEIL

    J'attends

     

    J'attends les grands sommets de la plus haute étoile

    Pour déposer ton coeur pour le garder vivant

    J'attends de traverser la vie de salle en salle

    De couloirs en entrées, de fauteuils en divans

    J'attends de reposer sans peine et sans angoisse

    Auprès de ton amour qui traverse les ans

    J'attends de rassembler les morceaux de l'espace

    Où nous vivrons tous deux jusqu'à la fin des temps.

     

    J'attends que l'univers se réduise à nos coeurs

    Afin d'être à l'abri des méchants et des fous

    J'attends que nos instants s'éternisent en déserts

    Et que le fil du temps s'enroule autour de nous

    J'attends que le printemps fleurisse la chaumière

    Où je t'emmènerai passer l'éternité

    J'attends que le soleil soit fait de ta lumière

    Et qu'une nuit d'hiver se transforme en été.

     

    J'attends que tous les bruits ne soient plus que musique

    Et le fond de la terre une source de miel

    Et j'attends que jaillisse un geyser fantastique

    Entraînant nos élans jusqu'au plus haut du ciel

    C'est à toi que le monde alors ressemblera

    Et je t'épouserai pour la seconde fois.

     

    Yves DUTEIL

     

     

     

     

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